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Musique : des membres du Gangbé Brass Band menacés d'expulsion de France
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Musique : des membres du Gangbé Brass Band menacés d'expulsion de France

Par Patrick Hervé YOBODE • 16/10/2026

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Frappés de plein fouet par un arrêté d’éloignement, six figures de la célèbre fanfare béninoise risquent d’être contraintes de quitter le sol français. En cause : un effondrement de leurs cachets artistiques lié aux annulations en chaîne de festivals. Alors qu'une échéance décisive se profile devant les juges rennais, un élan de solidarité s'organise pour préserver ces virtuoses du rythme.

Née à Cotonou en 1994, la formation culte du Gangbé Brass Band incarne l'alliance féconde entre cuivres flamboyants, harmonies jazz, sonorités ancestrales et spiritualité vodou. Véritables ambassadeurs de la création béninoise sur la scène internationale depuis près de trois décennies, ces musiciens accomplis ont enflammé les festivals du monde entier et enrichi la discographie globale.

​Pourtant, le prestige culturel ne préserve pas des rigueurs du droit des étrangers. Établis sur le territoire français depuis 2022, les artistes se heurtent aujourd'hui aux exigences du renouvellement de leur titre de séjour, une réalité brutale révélée mi-octobre par le quotidien Libération.

​Un secteur culturel en crise, des statuts fragilisés

​Bénéficiaires du dispositif « passeport talent », les artistes ont subi de plein fouet le désengagement financier frappant le milieu du spectacle vivant, entraînant la déprogrammation de nombreux événements.

​Faute de concerts et de subventions, l'ensemble n'a pu cumuler le quota réglementaire de 507 heures d'intermittence exigé par la réglementation. À cette précarité conjoncturelle s'ajoute le grief d'un niveau de ressources jugé insuffisant lors de leurs premières années de résidence. Une tournure kafkaïenne pour ces créateurs qui n'avaient jusqu'alors essuyé aucune entrave administrative. « Nous n'avions jamais rencontré le moindre obstacle. Ce revers est un choc retentissant pour nous tous », confie avec amertume le percussionniste Benoît Avihoué.

​Un élan citoyen et institutionnel à Douarnenez

​En Finistère, où résident trois des instrumentistes (Crespin Kpitiki, Martial Ahouandjinou et Benoît Avihoué), la riposte s'organise. Le cas de Martial Ahouandjinou, embauché par un conservatoire local mais dans l'impossibilité d'honorer son contrat, suscite une vive émotion. Élus municipaux et acteurs culturels se mobilisent : la municipalité a formellement sollicité l'arbitrage du préfet, tandis qu'une pétition populaire exige la levée des sanctions. L'enjeu est de taille : une trentaine de dates de tournée seraient purement et simplement rayées de la carte en cas d'expulsion.

​Échéance judiciaire au tribunal administratif

​Si le sort des six membres demeure incertain, les parcours judiciaires diffèrent. Le saxophoniste Ebenezer Akloe et le trompettiste Prosper Odjo ont contesté la décision administrative par voie légale. Après le rejet de leur référé à la fin de l'été, leur recours au fond sera plaidé mi-novembre devant le tribunal administratif de Rennes, une audience décisive qui fixera le cap pour la suite de cette bataille juridique.